On nous dit souvent, après une interprétation : « Donc vous interprétez sur votre temps libre, mais c’est quoi sinon votre métier ? »
L’interprète en Langue des Signes française – Français est un·e professionnel·le diplômé·e, formé·e afin de permettre une communication linguistique et culturelle fluide entre personnes sourdes signantes et personnes entendantes francophones.
Ces professionnel·les maîtrisent les deux langues, à savoir : la Langue des Signes Française (ou LSF) et le français, ainsi que leurs contextes d’usage (subtilités, normes sociales, culture, etc.). L’interprétation se fait dans les deux sens, en temps réel, et dans des domaines très variés.
Sur cette page, vous apprendrez tout ce que vous devez savoir à propos du métier d’interprète LSF – Français : l’historique du métier, la déontologie, la préparation, les binômes, la place des interprètes, et la diversité des lieux d’intervention. Cliquez sur l’onglet correspondant pour en savoir plus !
Un peu de contexte...
Le métier d’interprète en langue des signes en France a une histoire relativement récente en tant que profession reconnue, bien qu’il repose sur une longue tradition de médiation linguistique au sein des communautés sourdes.
En effet, pendant des siècles les personnes sourdes faisaient appel aux membres de leur famille, ami·es, proches de la communauté sourde, souvent entendant·es et bilingues pour les aider à communiquer au quotidien. Ces “interprètes” informel·les n’étaient ni formé·es ni rémunéré·es.
En France, ce n’est qu’à partir des années 80 que la profession à commencé à émerger. Pour les plus curieux·ses, voici une vidéo explicative :
(Arlette Morel: the speech of Albi – January 30, 1987)
L’AFTILS (Association Française des Interprètes et Traducteur·ices en Langue des Signes) est ensuite fondée en 1978. Des années plus tard, les formations spécifiques au métier d’interprètes voient le jour. Aujourd’hui, il existe 5 masters permettant de devenir interprète français – LSF : Paris 3 (ESIT), Paris 8, Rouen, Lille, Toulouse (D-TIM).
En 1990, le métier d’interprète en Langue des Signes française – Français est officiellement reconnu.
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La déontologie
Être interprète LSF, ce n’est pas juste “traduire avec les mains” : c’est aussi respecter un code de conduite rigoureux. Tout comme d’autres métiers, nous avons aussi nos règles d’or, un peu comme les règles d’un jeu mais en version pro.
Nos trois fondamentaux sont :
La Fidélité
L’interprète s’adapte à la situation, au registre de langue, au contexte et à la dynamique des interactions. Iel traduit tout, sans en rajouter, sans rien enlever, et sans transformer le message. Pas de freestyle ici !
La Neutralité :
L’interprète reste neutre. Pas de jugements, pas de prises de position. Iel est là pour traduire fidèlement et intégralement ce qui est dit ou signé, pas pour donner son avis.
La Confidentialité :
Ce qui se dit en présence d’un·e interprète reste entre les murs. Tout est top secret.
Ces règles permettent de respecter chaque personne, son vécu, ses paroles, sa vie privée et surtout, son autonomie.
Pour les curieux·ses, le site de l’AFTILS explique tout dans son code éthique.
Chez La Signerie, ces fondamentaux nous tiennent à cœur car interpréter, c’est bien plus que parler ou signer. C’est un vrai engagement pour l’accessibilité, l’égalité des chances et le respect des cultures, sourde comme entendante.
La préparation

Avant d’interpréter un discours ou une conférence, les interprètes ont besoin de temps pour se préparer. Ce n’est pas juste pour jeter un coup d’œil rapide, iels doivent comprendre le sujet, apprendre le vocabulaire spécifique, repérer les noms, les dates, les chiffres, et tout ce qui pourrait être compliqué ou technique. Ainsi au moment fatidique, iels ne sont pas pris·es au dépourvu et peuvent trouver rapidement les bons signes ou mots.
Préparer, c’est aussi repérer le style de l’orateur·rice : est-ce qu’iel parle vite, utilise beaucoup d’expressions, fait des blagues ? Tout cela nous aide à être plus efficaces et à transmettre le message de façon fluide et claire.
Bref, c’est un peu comme un·e sportif·ve qui s’échauffe avant une course : la préparation permet de donner le meilleur de soi-même au bon moment !

Les binômes
”Pourquoi vous venez à deux ? Vous savez, un·e seule interprète suffira, il n’y a qu’une personne sourde dans l’équipe”
“L’intervention est très courte, vous n’avez pas besoin de venir à deux.”
Sachez que l’intervention en binôme n’est pas un caprice de notre part, ni même une impossibilité de se séparer de saon collègue préféré·e pour aller travailler. Bien au contraire ! Si lae collègue est là, c’est parce que sa présence est indispensable.
Interpréter, ce n’est pas juste traduire des mots ou des signes. C’est un peu comme faire du jonglage mental en temps réel, C’est ce que nous explique Daniel Gile, chercheur en traduction et interprétation, avec sa théorie des efforts.
Il dit que notre cerveau a une capacité limitée : il peut faire plusieurs choses à la fois, mais pas à fond. Et devinez quoi ? L’interprétation demande de faire plein de choses en même temps !
Voici les quatre « efforts » que notre cerveau doit gérer :
- Écouter et comprendre ce que dit la personne (même si elle parle vite, ou utilise des mots techniques).
- Mémoriser ce qu’on vient d’entendre (le temps de le reformuler).
- Traduire et reformuler tout ça dans une autre langue (français, LSF).
- Coordonner le tout sans perdre le fil, sans se mélanger, et sans cesser d’écouter le discours qui, lui, continue.
Là où ça se corse c’est si un effort prend trop de place (par exemple : discours très technique, débit trop rapide…), cela déséquilibre les autres. Résultat : on fatigue, on perd le sens, on fait des erreurs… C’est normal, le cerveau n’est pas une machine ! Pas étonnant que cela demande du renfort !
C’est parce que l’interprétation est un exercice très intense que se relayer permet de reposer le cerveau, de garder une bonne interprétation et d’éviter les bugs de perte de concentration.
De plus, même si le·la binôme ne traduit pas, iel porte une attention particulière à son ou sa collègue en plein exercice. Il le·la soutient discrètement (en corrigeant un signe, en soufflant un mot, en cherchant une définition pour clarifier le discours, etc.).
Interpréter en binôme permet donc de garder la fluidité quand la communication devient plus complexe et d’assurer une traduction de qualité.
N’oubliez pas qu’interpréter, c’est comme piloter un avion, résoudre une énigme et danser tout en même temps. Alors selon les situations, un peu d’aide n’est pas de trop !
La place des interprètes
“Vous avez vu ? L’interprète suit l’orateur·rice comme son ombre, pourquoi ?”
“Pourquoi la personne sourde ne me regarde pas lorsque je parle ?”
Vous avez peut-être remarqué que les interprètes en LSF – Français sont toujours juste à côté de la personne qui parle ? Ce n’est pas juste pour faire joli. En fait, comme la langue des signes se comprend avec les yeux, il faut que la personne sourde puisse voir à la fois l’orateur·rice et l’interprète sans avoir à tourner la tête dans tous les sens, sinon bonjour le torticolis !

C’est un peu comme quand vous regardez un match : tu veux voir le ballon et les joueur·euses en même temps, tu ne veux pas avoir à bouger tout le temps la tête pour suivre l’action.
De plus, en étant proche de l’orateur·rice, l’interprète peut aussi capter ses gestes, son ton, ses expressions et les images qu’iel utilise pour bien retranscrire le message. Du coup, pour la personne sourde, tout se passe dans un seul et même “cadre visuel” super clair, ce qui rend la compréhension beaucoup plus facile et naturelle.
Bref, c’est un peu comme si l’interprète et l’orateur·rice formaient une équipe sur scène pour que tout le monde comprenne parfaitement ce qu’il se passe !
La diversité des lieux d’interventions
“Et donc vous, en plus d’être interprète vous êtes aussi professeur·e de philo c’est bien ça?”
“En parallèle du métier d’interprète, vous vous êtes formé·e comment au métier d’interprète judiciaire ?”
“En fait, vous devez être expert·es en tout ?”
Voici un bref échantillon des questions qui nous sont posées lorsque nous intervenons dans certains secteurs professionnels. Et on comprend pourquoi ! Quand un·e interprète traduit des discours très techniques ou remplis de jargon, on pourrait croire qu’iel est spécialiste de tous les sujets. Spoiler alert : ce n’est pas le cas !
Nous sommes navré·es de briser le mythe, mais l’interprète n’est pas un dictionnaire vivant ou un cerveau encyclopédique. C’est plutôt un·e super magicien·ne qui prépare bien ses tours à l’avance. Avant chaque mission, il faut se plonger dans le thème, apprendre le vocabulaire spécifique, comprendre le contexte. Bref, un vrai travail de détective linguistique pour que tout soit clair, fluide et fidèle au message original.
Et comme l’accessibilité, ça concerne plein de situations de la vie, les interprètes LSF – Français sont partout :
Éducation et Formation
- Écoles primaires, collèges, lycées (inclusion d’élèves sourds)
- Universités et grandes écoles
Formations professionnelles ou en entreprise - Conférences, colloques, séminaires
Santé et Médico-social
- Consultations médicales et hospitalières (médecin généraliste, spécialiste, urgences, hôpital)
- Thérapies (psychologues, orthophonistes, etc.)
- Établissements médico-sociaux (IME, foyers de vie, EHPAD)
- Accompagnements dans des parcours de soins complexes
Justice et Police
- Gendarmerie, commissariats (auditions, plaintes)
- Tribunaux (audiences civiles, pénales, correctionnelles)
- Services pénitentiaires
Emploi et Vie professionnelle
- Réunions de travail, entretiens d’embauche
- Formations internes en entreprise
- Comités d’entreprise, entretiens RH
- Accompagnement de carrière
Vie quotidienne et Administrative
- Rendez-vous en mairie, CAF, CPAM, Pôle emploi, préfecture
- Banques, assurances, impôts
- Logement social, bailleurs
Culture et Loisirs
- Visites guidées de musées, expositions
- Spectacles, théâtre, concerts (interprétation en direct)
- Festivals, événements publics
- Médiation culturelle
Médias et Communication
- Journal télévisé en LSF
- Vidéos institutionnelles ou éducatives
- Contenus en ligne accessibles
Religion et Culte
- Messes, cérémonies religieuses
- Enseignement religieux
Vie politique et citoyenne
- Débats publics, campagnes électorales
- Conseils municipaux, réunions publiques







